Bailo Teliwel Diallo : De la vie de Ministre à celle d’entrepreneur agricole

LABE- Son cas est très rare ! Quitter son bureau de Ministre et se retrouver comme fermier dans un village, l’histoire de Bailo Teliwel Diallo est un cas d’école.

L’ancien Ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique est devenu fermier. Au micro d’un journaliste de notre rédaction, Bailo Teliwel Diallo a parlé de sa nouvelle vie, de ses secrets, et surtout de ses ambitions.

AFRICAGUINEE.COM :Qu’est-ce qui vous a motivé à vous installer au village pour mener une vie de fermier ?

BAILO TELIWEL DIALLO :Ça remonte à très loin. Déjà dans l’enfance pour des raisons que les psychologues et psychanalystes peuvent expliquer, moi j’étais déjà très sensible à la nature. Quand j’allais avec mon père pendant les vacances, c’était les meilleurs moments pour moi de sortir avec mes amis villageois, de me promener et même participer à certains travaux de cette période. Et puis un peu plus tard durant mes études, c’est en ce moment que le concept de collège d’enseignement rural est arrivé et moi j’étais très passionné par ce concept, malheureusement qui n’a pas pu aboutir. Quand j’ai commencé l’enseignement, j’ai donné les cours de l’économie de développement. J’ai focalisé pratiquement tous mes cours sur le développement en partant du principe que c’est sur l’agriculture que le changement aussi bien de productivité, de rentabilité que des rapports sociaux c’est-à-dire l’évolution de la société, pourraient se faire de façon significative. Ce qui fait que dès que j’ai eu certains moyens à partir de l’année 2000, en tant que consultant, mon épouse et moi avons créé cette ferme dans un domaine qui lui appartient. Le domaine lui a été offert par son grand-père.

Pourquoi vous n’avez pas voulu rester dans les rouages du pouvoir après votre départ du Gouvernement ?

Bon je ne saurai le dire au nom de mes collègues. Je sais que certains ont des idées similaires mêmes si ce n’est pas réalisé. Beaucoup réussissent. Quand je prends l’exemple de mon jeune-frère Kiridi Bangoura il a eu une ferme qui est un modèle dans ce genre. Moi, j’ai toujours considéré mon passage au Gouvernement comme une parenthèse, ce n’est vraiment pas ma vocation. Ce que j’aime c’est enseigner et faire du développement participatif à la base. C’est ce que j’essaye de faire ici, dès que l’occasion s’est présentée. Je n’ai pas considéré ma sortie du Gouvernement ni comme une punition, ni comme une régression mais comme une opportunité pour être indépendant, d’agir librement et de faire ce que j’ai envie de faire. D’ailleurs j’ai repris même l’enseignement. Je viens de terminer une session de formation des enseignants des écoles qui sont à côté de moi. On a fait une bonne formation sur les pédagogies actuelles. Je compte poursuivre ce travail avec eux et aussi appuyer les femmes qui sont dans les villages voisins qui viennent parfois travailler chez moi. C’est ça qui me fait plaisir, il n’y a aucun obstacle psychologique pour basculer de la fonction de ministre, de la fonction d’enseignant et d’agent de développement que j’ai voulu être.

49840139_802947010047283_5544142831641165824_n.jpgQuelles sont les différentes activités que vous menez dans cette ferme ?

On a fini (ma femme et moi) et heureusement mes deux filles m’accompagnent dans cette division pour en faire un projet. Vous pouvez visiter sur twitter, qui a trois composantes : il y a une composante éducation et développement de service sociaux de base avec les paysans qui comprend l’appui à la scolarisation, l’appui à la santé, à la nutrition. Il y a une autre composante économie sociale solidaire avec les expériences que nous menons dans le domaine de la technique agricole, les cultures hors sol, les cultures biologiques, la fabrication du compost et on va vers le séchage des fruits et légumes. La troisième composante c’est l’environnement, vous avez vu l’état de la rivière. Nous avons beaucoup de problèmes environnementaux ; Malheureusement avec l’utilisation des briques cuites avec le charbon, avec l’urbanisation qui exige beaucoup de ressources en bois, l’environnement naturel se dégrade très rapidement à Labé, au Foutah et en Guinée de façon générale. Donc là aussi il s’agit de montrer qu’il y a des alternatives qu’on ne peut pas se laisser aller, regardez, si on ne réagit pas notre environnement va se détruire. Là on a expérimenté les briques en terre séchée. Tous les paysans qui sont venus ici se sont rendus compte que c’est plus facile, c’est moins coûteux, c’est plus durable. Il y a un village qui me demande de les aider à avoir une école de 3 classes. Je suis en train de voir comment les amener à accepter d’abord qu’une école doit être construite avec de la terre séchée. Il y a des conditions pour la protéger de l’effondrement et ça ne va pas coûter grand-chose d’avoir une belle école confortable avec la terre séchée.

En sillonnant cette ferme on y voit un grand investissement. Pouvez-vous nous dire ce qu’elle vous a coûté ?
Vous savez si j’avais fait une étude financière et technique de la ferme avant de commencer je n’aurais pas commencé parce que dans ma représentation de mes ressources, c’est nettement au-dessus de mes moyens. Mais quand vous entreprenez une chose de ce genre vous avez des appuis venant de partout, soit en forme d’idées, soit en forme d’appuis matériels, beaucoup de plants que vous voyez ici m’ont été offerts, d’autres m’ont été vendus à un prix réduit. Et puis la ressource humaine, j’ai pris option pour l’utilisation de ma main-d’œuvre agricole pour aider les femmes parce que parfois elles sont là même demandeuses d’emplois pour renforcer leurs revenus. À chaque fois qu’il y a de gros travaux on leur demande de venir en ce qui concerne le labour, l’entretien, le désherbage et les récoltes. Ce qui fait que je ne peux pas vous dire exactement combien ça m’a coûté parce que tout cet ensemble s’est étalé sur une période de plus de 10 ans. C’est petit à petit en faisant beaucoup d’erreurs que nous sommes arrivés à l’image que vous avez ici.

Quelles sont les espèces qu’on peut trouver dans votre ferme ?

Nous avons plusieurs catégories : Il y a des agrumes, des mandariniers, des orangers, des pamplemousses, de différentes variétés de citrons, des bananiers. Nous avons de la papaye solo, des plants de café aussi. A côté de cela nous avons le maraichage. Le principe c’est la rotation des cultures de façon à ce que tout le long de l’année, tous les 3 mois, tous les 4 mois, qu’on puisse récolter quelque chose et l’amener sur le marché de proximité. On a fait du maïs, de la tomate, de l’aubergine, on a fait même de la betterave, de l’arachide aussi. Nous nous sommes lancés également dans l’apiculture, pour la première fois nous avons récolté 47 bidons de 20 litres de miel. Tous les 3 ou 4 mois on récolte quelque chose et ça permet à la ferme de vivre.

Dans la partie élevage on avait des moutons, des chèvres. Les résidus de la ferme servaient aussi à l’alimentation de la volaille, des moutons et des chèvres malheureusement au mois d’Aout 2018, nous avons été victimes d’inondation. Les techniciens m’ont dit que c’est une inondation décennale c’est-à-dire tous les 10 ans il faut s’attendre à une inondation. J’avoue que c’est une inondation qui a créé assez des dégâts, qui a notamment noyé les chèvres, les moutons et une partie des poulets. Nous sommes en train de reprendre

Votre dernier mot ?

Je suis ici dans la ferme, mon habitation est là, ma chambre que vous voyez ici je la préfère à une chambre d’hôtel 5 étoiles. Quand je suis fatigué de travailler je reviens ici me reposer, j’écoute de la musique classique, je fais la lecture, je profite bien de la nature.

On peut vivre aussi heureux, aussi à l’aise dans n’importe quel village qu’à Conakry, c’est peut-être même mieux que Conakry, je vais vous dire pourquoi. Vous avez l’énergie avec le solaire, vous pouvez mettre des éoliennes, j’ai la rivière qui m’entoure, on peut mettre des hydroliennes, il y a aussi l’énergie alternativ qui vous donne toute l’énergie dont vous avez besoin pour être confortable. Ensuite vous n’êtes pas isolés du monde avec l’internet, vous communiquez avec le monde entier en restant sur place, avec la télé aussi vous suivez tout. En étant au village vous êtes dans le monde.

Vous n’avez pas besoin de vous exiler à Conakry pour vivre cet enfer que constitue Conakry pour disposer de tous les avantages de l’urbanité sans avoir les inconvénients de l’urbanité et vivre tous les avantages de la ruralité sans les inconvénients de la ruralité. Qu’est-ce qu’on peut chercher de mieux ? Si parmi vous ceux qui veulent faire l’agriculture, il faut aller au-delà, je vous parlerais de qualité de vie, il faut chercher constamment la qualité de vie afin que l’on soit jaloux de vous, c’est ça en terme de qualité de vie (éclats de rire).

Interview réalisée par Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

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