Le Salon des Entrepreneurs de Guinée

L’entrepreneuriat féminin et l’égalité des genres dans les entreprises

Inteview de Madame Marèma Bao Koné, DGA & COO du Groupe Cofina, qui partage avec nous son appréciation de l’entrepreuneuriat féminin et l’égalité des genres en entreprise.

Bonjour Mme Koné, pour débuter cette interview, pouvez-vous nous résumer votre parcours professionnel ?

J’ai débuté ma carrière au Canada, après mes études, au sein de la société Hydro Québec dans le département Informatique. Ensuite j’ai rejoint la banque nationale du Canada, puis le groupe La Poste, en France.

De retour au Sénégal, précisément en 2004, j’ai intégré le Crédit Mutuel du Sénégal, d’abord comme directrice du département système information, ensuite directrice de l’exploitation, et pour finir directrice générale.

Depuis 4 ans, j’occupe le poste de COO et de Directrice Générale Adjointe du Groupe Cofina.

Quels ont été les étapes marquantes, ou les moments décisifs de votre carrière ?

Il y a eu une étape marquante dans ma carrière. Cette étape a déterminé mon plan de carrière.

En effet, de retour au Sénégal, j’ai reçu en même temps deux propositions d’emploi : la première, la moins lucrative, concernait le poste de DSI au Crédit Mutuel, et la deuxième, beaucoup plus alléchante financièrement, me proposait de devenir chef de chantier dans le secteur du bâtiment.

Pourquoi j’ai choisi la première proposition ? Je ne parvenais pas à voir les next steps dans la deuxième.

En Afrique, le milieu de la finance a encore la réputation d’être un milieu très masculin. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans la finance ?

Ce n’est pas qu’en Afrique. De manière générale, la finance est un milieu masculin. Sincèrement, c’est un concours de circonstances qui m’a fait atterrir dans la finance. En effet, ma formation de base étant l’informatique, j’ai été recruté comme DSI dans une institution financière et je me suis découvert une passion pour ce domaine.

Vie privée et vie professionnelle : y a-t-il eu un moment de votre carrière ou vous avez été contrainte de faire un choix entre les deux ?

Non pas du tout. Pour moi c’est simplement impensable de devoir choisir entre les deux. Ça a toujours été clair dans ma tête depuis le début de ma carrière. L’essentiel étant de trouver le bon équilibre entre les 2.

Cette question (la question précédente) est souvent adressée aux femmes qui décident d’assumer des postes à haute responsabilité. Les hommes y sont rarement confrontés… pourquoi ?

Simplement, pour des raisons de culture et d’éducation. On nous apprend depuis le plus jeune âge que l’homme est le maître de la maison et doit travailler pour subvenir aux besoins de la famille et que la femme doit s’occuper des enfants et de la maison.

A mon avis, il faudrait commencer à mettre en œuvre une politique de l’homme avec un grand H.

La place des femmes dans les entreprises africaines est en constante évolution. Leur impact positif est de plus en plus reconnu. Pensez-vous que c’est une tendance qui a vocation à perdurer ? Une tendance à encourager ?

Nous avons de plus en plus des modèles de femmes qui réussissent. Dans les pays comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire, le taux de scolarisation des filles est assez élevé. C’est une tendance qu’il faut absolument encourager, car les femmes sont d’un grand apport, particulièrement en matière de gouvernance.

Selon vous, quel était jusqu’ici le principal obstacle pour les femmes entrepreneures ou cadres d’entreprises en Afrique ?

La femme elle-même, l’éducation et la société. Il y’a toujours un travail de changement d’état d’esprit à faire.

Une femme éduquée est une femme ambitieuse.

Comment pensez-vous que Cofina participe à l’amélioration de la vie des femmes, dans les pays où le groupe est présent ? / Pensez-vous que la mésofinance soit un levier d’inclusion financière et sociale pour les femmes en Afrique ?

Cofina y participe à plusieurs niveaux :

– 48% de nos employés sont des femmes

– 46% de nos clients sont des femmes

Au Sénégal par exemple, nous nous sommes associés à la startup Matontine pour aider plus de 50 000 femmes issues de milieu rural, à développer la culture de l’épargne et du crédit grâce aux nouvelles technologies.

En Côte d’Ivoire, nous préparons le lancement d’une institution financière complètement dédiée au financement de projets portés par les femmes entrepreneures en Afrique.

La femme africaine passe plus facilement notre porte que celle d’une banque. Nous mettons en place des modèles d’accompagnement à l’endroit des femmes, en nous adaptant aux réalités des différents pays où se trouvent nos cibles.

Lorsqu’on finance une femme, l’impact du financement sert autant à sa famille qu’à son activité.

Pouvez-vous nous parler de la nouvelle institution dédiée aux femmes entrepreneuses lancée par Cofina ?

Nous allons lancer dans quelques mois, une institution dédiée aux femmes, dont la vocation sera de financer les femmes dans leurs activités. Il s’agira de soutenir l’entrepreneuriat féminin à travers une offre de produit d’épargne et de crédit sur mesure incluant un programme de formation pour le renforcement de capacité.

Selon vous, quelles sont les erreurs à éviter lorsque l’on entreprend en Afrique et qu’on est une femme ?

Il faut se définir comme un entrepreneur tout simplement. On n’est pas sur du genre lorsqu’on entreprend.

On reste un entrepreneur, on y ajoute une touche féminine.
Evitons de vouloir faire comme les hommes. Et c’est valable autant en Afrique qu’ailleurs.

Pour terminer, quelles sont les choses à faire absolument ?

Croire en soi. Ne jamais abandonner. Apprendre de ses échecs.

D’ailleurs, ces recommandations sont valables aussi bien pour les hommes que pour les femmes.

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