Le Salon des Entrepreneurs de Guinée

Covid-19 : « Stress test » pour les jeunes entrepreneurs guinéens

Le combat de l’entrepreneuriat jeune en Guinée a commencé bien avant le Covid-19. La pandémie ne fera que tester la capacité de résilience des entreprises, principalement à travers leur organisation. Face à la crise et en plus de la volonté démontrée ces dernières années, le gouvernement devra à présent mettre plus de moyens (formation de qualité, accès à au financement adéquat, etc.) dans l’accompagnement de l’entrepreneur qui, à son tour, devra mesurer toute la responsabilité qui est sienne.

Avec 75% de ses 13 millions d’habitants qui ont moins de 35 ans, comme dans la plupart des pays africains, la crise du Covid-19 est en Guinée une situation à laquelle une population majoritairement jeune doit faire face. La primature guinéenne a récemment dévoilé un plan de riposte économique d’un coût estimé d’environ 3 500 milliards de francs guinéens (360 millions de dollars), basé sur trois principales composantes : sanitaire, sociale et appui au secteur privé. Avec des chiffres mondiaux démontrant que sur le plan sanitaire les jeunes ne sont pas les plus à risque face au Covid-19, les conséquences économiques elles ne feront certainement pas de discrimination dans la pyramide des âges.

De réelles opportunités à saisir

Avec une économie dominée par le secteur informel, la composante secteur privé du plan de riposte du gouvernement guinéen inclut de nombreuses mesures qui à première vue peuvent paraître loin des réalités du jeune entrepreneur guinéen mais qui, lorsqu’analysées avec du recul, présentent de réelles opportunités. Selon l’étude « Survie entrepreneuriale en Afrique : le cas des entreprises guinéennes » du Dr Mohamed Lamine Doumbouya, Ministre Conseiller à la Présidence de la République et Ancien Ministre du Budget de la République de Guinée, les entreprises guinéennes ont en moyenne une durée de vie de 8,7 mois. Cette courte espérance de vie des entreprises révèle les faiblesses structurelle et systémique de notre écosystème entrepreneurial. Plusieurs faits intéressants ressortent dudit rapport dont celui que les entreprises sont pratiquement toutes des propriétés familiales, que leur mode de gestion et leur trésorerie sont étroitement liés au rythme de vie familiale et que bien qu’elles soient présentes dans de nombreuses branches de l’économie (agriculture, activités de fabrication, transports…), elles sont surreprésentées dans le domaine du commerce (65,6% du total des entreprises).

« Entreprend qui peut » et non « qui veut »

Je suis un partisan du « Entreprend qui peut » plutôt que du « Entreprend qui veut », pour la simple raison que pour être viable, tôt ou tard, toute entreprise doit s’appuyer sur des compétences de savoir-faire et de savoir-être (techniques, commerciales, financières, etc.) et ce, pour être en mesure de délivrer une forme de valeur ajoutée, mais aussi afin de fonctionner correctement dans un écosystème. Une entreprise, en principe, c’est d’abord et avant tout une organisation qui évolue dans un écosystème juridique et fiscal.

Revenons-en au plan de riposte économique qui inclut des mesures générales d’allègement et d’assouplissement des obligations fiscales pour l’ensemble des entreprises parmi lesquelles ont compte , entre autres, l’annulation (TPE) et le report (PME), d’avril à juin 2020, du paiement des impôts, taxes et versements assimilés à l’État ; la réduction (à deux semaines) des délais de remboursement des crédits de TVA ; la suspension de la facturation de la surestarie portuaire (d’avril à juin 2020) ; le règlement progressif de la dette intérieure de l’État, qui pénalise aujourd’hui les PME ; la mise en place d’un fonds spécifique pour les groupements d’intérêt économique ou GIE (secteur informel), pour les aider à mieux absorber le choc économique et accompagner leur formalisation.

L’organisation formelle est le mot d’ordre pour la réussite

A ces mesures vient s’ajouter un assouplissement des mécanismes de financement de l’économie au niveau de la Banque Centrale. Comme on peut le constater, ce plan inclut principalement des mesures pour les entités formelles, sans toutefois mettre de côté le secteur informel- il lui tend même la main-. Se formaliser pour finir par être soumis aux charges sociales et fiscales et s’acquitter de ces dernières ? Oui, mais ce n’est pas uniquement de cela dont il s’agit. Les enjeux vont bien au-delà.

Un mot d’ordre ressort de tout cela : organisation formelle. Sans organisation formelle d’une entreprise, qu’elle soit comptable, financière, administrative ou autre, il est impossible ou du moins beaucoup plus fastidieux pour elle de bénéficier de la plupart des mesures d’accompagnement du gouvernement citées précédemment. Pour aller plus loin, crise du Covid-19 ou pas, il est de plus en plus difficile en Guinée de franchir un certain cap dans entrepreneuriat sans une organisation formelle. L’accès par exemple aux marchés du secteur minier et de la plupart des multinationales, véritables poumons économiques du pays, est tout simplement impossible dû à l’alignement rigoureux de ses acteurs aux normes et exigences de l’administration publique guinéenne voire parfois à celles des institutions financières et autorités de régulation internationales. Il en est de même pour l’accès au financement bancaire classique, l’une des principales difficultés des entrepreneurs dans le contexte d’un pays tel que la Guinée.

Le Covid-19 testera la capacité de résilience de l’entrepreneuriat jeune

Les faiblesses de l’écosystème entrepreneurial guinéen n’ont pas commencé avec le Covid-19 qui ne fera que tester la capacité de résilience des entreprises, principalement à travers leur organisation. Certes, celles qui auront réussi à accumuler de la trésorerie s’en sortiront fort probablement, mais de manière réaliste cela ne représente qu’une infime partie des entreprises détenues par des jeunes dont les TPE et PME au sein desquelles ils sont majoritairement représentés dans la gouvernance.

Le combat de l’entrepreneuriat jeune en Guinée a commencé bien avant le Covid-19. C’est, selon moi, avant tout un combat au niveau de la formation et du renforcement des capacités dans lequel aussi bien les entrepreneurs que le gouvernement ont un rôle à jouer. Un combat qui, si l’on veut pousser la réflexion encore plus loin, peut nous amener à nous poser de profondes questions de société, précisément sur la gouvernance historique dans le secteur de l’éducation et de la formation. Un combat dans lequel le gouvernement se doit de s’efforcer de susciter auprès des entrepreneurs la confiance nécessaire, notamment à travers un accompagnement adéquat, une bonne gestion des finances publiques et une communication efficace sur cette dernière, et ce, afin qu’ils puissent pleinement s’inscrire dans un écosystème régulièrement constitué comme on en voit dans les pays dits développés.

Le nécessaire renforcement de l’appui du gouvernement

A travers la réforme du code des investissements, la restructuration de l’Agence de Promotion pour les Investissements Privés (APIP), la création de la Bourse de Sous-traitance et de Partenariats (BSTP), le projet « Booster les Compétences pour l’Employabilité des Jeunes » (BOCEJ)  financé par la Banque Mondiale, et quelques autres initiatives, le gouvernement guinéen a montré ces dernières années des signes prometteurs en ce qui concerne sa volonté de contribuer à l’essor d’un écosystème entrepreneurial fort et inclusif de la jeunesse. Toutefois, comme mentionné, la volonté à elle seule ne suffit clairement pas en matière d’entrepreneuriat. Il faut dès à présent plus de moyens (formation de qualité, accès à au financement adéquat, etc.) que de volonté. En plus d’une part plus importante du budget national de l’État qui pourrait être alloué à la stimulation de l’entrepreneuriat jeune, l’accroissement du taux d’exécution des projets des actuels partenaires au développement (Enabel, GIZ, etc.) et la recherche à travers le monde de nouveaux partenaires institutionnels et privés prêts à financer et accompagner les différentes étapes de l’entrepreneuriat jeune en Guinée sont des pistes de solution.

L’entrepreneur face à sa responsabilité

Pour terminer, le combat de l’entrepreneuriat jeune en Guinée est un combat dans lequel les principaux concernés, les entrepreneurs, se doivent dans un contexte qui est celui qu’il est, de se doter des compétences et moyens nécessaires afin de faire fonctionner leurs entreprises tout en l’inscrivant dans ledit écosystème. Et qu’on se le dise, in fine, l’entrepreneur reste le premier responsable des résultats de son entreprise. Lorsqu’un entrepreneur met la clé sous la porte, ni le gouvernement ni les banques ne cessent de fonctionner et tôt ou tard, un autre dans le même domaine surgit quelque part. Il paraît que la nature a horreur du vide…

Le défi de l’entrepreneuriat jeune en Guinée est un défi d’aujourd’hui et de demain. Un défi qui, s’il est réussi, contribuera sans aucun doute à la construction d’un secteur privé guinéen renforcé qui stimulera le développement socio-économique du pays. Comme l’a dit le fameux philosophe Socrate : « Rien n’est trop difficile pour la jeunesse ». Prendre en compte cela, en capitalisant sur le potentiel entrepreneurial de cette dernière, revient à ne rien rendre de trop difficile pour la Guinée.

(*) Entrepreneur et membre du Conseil national du patronat guinéen, Amadou Sako est le président du Guinean Young Professionnals Club (GYPC) qui a pour mission de contribuer à l’amélioration du climat des affaires en Guinée.

afrique.latribune.fr

 

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