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Val-d’Oise : ce réfugié a créé une application pour apprendre le français

Un beau projet et un sacré parcours de vie récompensés. Ousmane Bah, habitant de Gonesse depuis un an, est l’un des deux lauréats Ile-de-France du concours national Talents des Cités 2019.

Chaque année, cette opération récompense une trentaine de créateurs d’entreprise des quartiers prioritaires de la politique de la Ville. Et ce lundi, ce désormais Val-d’Oisien de 36 ans saura s’il fait partie des six gagnants nationaux grâce à son application solidaire et gratuite baptisée « Solodou ».

«Les cours avec un professeur c’est important, mais souvent ce n’est qu’une fois par semaine»
De quoi s’agit-il ? D’une méthode ludique, simple et progressive d’apprentissage du français, écrit et parlé, en toute autonomie grâce à une application mobile mis au point et développée par ce Guinéen, réfugié politique. Couplée à un manuel et un cahier d’activités, Celle-ci est dotée de vidéos, de sons et de dessins qui correspondent à chaque leçon, traduite en six langues.

« L’important est vraiment que chacun puisse l’utiliser seul quand et où il le souhaite. Car les cours avec un professeur c’est important, mais souvent ce n’est qu’une fois par semaine et entre-temps, il y a un risque d’oublier ce qu’on a appris », explique Ousmane Bah, qui souhaite ainsi aider les primo-arrivants ne parlant pas encore un mot de français comme des résidents qui maîtrisent déjà l’oral mais pas l’écrit.

Car la naissance de Solodou est directement liée à son parcours. En 2012, Ousmane Bah, diplômé en Economie-Gestion à Conakry doit quitter son pays après son soutien à un leader de l’opposition. Commence alors un long périple qui le mène à travers l’Afrique centrale puis le Maghreb où il enseigne le français pendant deux ans, et enfin l’Espagne. Jusqu’à Paris en 2014.

« Quand j’arrive, je ne connais personne. Je me retrouve à la rue à Gallieni en plein hiver », raconte le trentenaire. Pour tenter de l’aide, il décide d’aller vers les autres. « C’est pendant cette période que je me suis rendu compte que nombre de migrants que je croisais ne parlaient pas ou mal le français », poursuit-il dans un français parfait appris dès l’école en Guinée.
Cependant, l’analphabétisme ne concerne pas seulement les migrants ou demandeurs d’asile. Comme le constate Ousmane lorsqu’il finit par trouver une place dans un foyer à Paris : « A côté de moi vivait une famille dont le père et la mère travaillaient en France depuis des années. Si le couple parlait le français, ils n’avaient jamais appris à le lire…» Ousmane commence alors à leur donner des cours. Rapidement c’est tout l’étage qui vient assister aux séances dans la cuisine, puis presque tout l’immeuble concerné par la même difficulté.

12 000 utilisateurs dans 40 pays à travers le monde
« Au bout de quelques mois, j’ai quitté le foyer pour le Val-de-Marne donc j’ai dû arrêter. Mais je me suis demandé : comment continuer à les aider à progresser sans être là ? C’est à ce moment que l’idée d’une application intuitive permettant des cours à distances m’est venue, car ce sont des gens qui sont très à l’aise avec un smartphone. »

Mais Ousmane ne sait pas coder. Qu’à cela ne tienne, il décide d’apprendre par lui-même. Et Solodou naît bientôt. « Je me suis privé de tout pour lancer l’application », lance le réfugié.
Et celle-ci tape dans l’œil de la CAF. Une expérimentation est même menée dans dix départements pendant six mois, avec succès. Puis un accompagnateur de start-up l’aide à monter son entreprise et à lancer une campagne de Crowdfunding. « Cela m’a permis de produire des kits distribués ensuite gratuitement », précise-t-il.

Cependant Ousmane ne compte pas s’arrêter là. Il fourmille d’idées pour développer son concept et pouvoir en vivre. « L’objectif à court terme serait de toucher l’office français de l’immigration et de l’intégration (Offi) et de trouver des investisseurs. Ils peuvent d’ailleurs déjà me contacter », explique l’entrepreneur assuré que c’est la force du nombre qui les attirera. « Solodou, c’est déjà 12 000 utilisateurs dans 40 pays à travers le monde. Ça fait très plaisir. »

Source : leparisien.fr

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